lundi 9 janvier 2012

Le plus beau métier du monde...

Lundi matin, 7h45, c'est pour moi l'heure du DAPE, vous savez, la nouveauté de l'éducation nationale depuis quelques années qui consiste à trouver que les instits ne font pas assez d'heures en présence des élèves, qu'ils ne bossent pas assez par rapport à l'énorme salaire qu'on leur attribue avec l'impôt du contribuable (1,2 fois le SMIC en début de carrière) et que du coup, il faut leur trouver du job en sus des 6h de présence quotidienne des élèves.
Du coup, 60h lissées sur l'année sont dues à la grosse machine, pour soit disant aider les élèves en difficulté. En bref, du soutien low cost (non rémunéré, qui compte dans nos heures dues) pour tous les enfants, et ce depuis la petite section de maternelle (3 ans). Oui oui, vous avez bien lu, pour ceux et celles qui ne le savaient pas, on prend des enfants de 3 ans en plus de leurs 6h d'école par jour pour les "remettre à niveau". Enfin, il ne s'agit évidemment pas de ces termes en réalité, mais les enfants et les parents ne sont pas dupes : Il faut qu'ils "rattrapent" le retard quoi qu'il arrive. Ce qui est bien, c'est que c'est encore les enfants en difficulté, ceux qui souvent n'aiment pas l'école, ceux pour qui ces 6h sont déjà bien assez lourdes, qui "bénéficient" la plupart du temps de ces fameuses heures de DAPE. Autrement dit, ils n'aiment pas ça, ils ont du mal à s'investir en classe, alors hop, on leur en met une couche supplémentaire, histoire d'être sûr de bien les dégouter du système scolaire qui les stigmatise à nouveau.
Certes, je suis assez mal placée pour cracher dans la soupe, et parfois je trouve que le temps passé avec les bouts de chou en tout petit groupe leur permet de faire avancer le schmilblic, mais en regard de l'idée qu'ils se font de l'école, ça pèse pas lourd...
C'est sûr qu'en rallongeant les vacances des bambins (puisqu'on a supprimé une demi-journée d'école par semaine et qu'elle se retrouve à 24h au lieu de 27), il faut bien trouver des heures à faire pour que ces satanés fainéants de profs bossent un peu !

Alors voilà, tout ça pour dire que ce matin, le soleil à peine levé, j'accueillais dans ma classe le petit Alfred (prénom de scène comme vous vous en doutez pour ne pas trop en dévoiler sur le net ! ^^), bientôt 4 ans de vie sur cette Terre, qui avait du mal à lâcher la main de son papa (à moins que ce ne soit son père qui ne le rende marteau à force de lui dire que tout va bien se passer et qu'il faut qu'il lui fasse un dernier bisou, la chair de sa chair...) et qui tenait fermement de l'autre son Mickey en peluche (en réalité il s'agit plutôt d'un "Pluto" mais vraisemblablement, il supporte assez mal qu'on le contrarie au sujet de l'identité de son doudou).
Au bout de 5 minutes de négociations, Alfred, qui nous a gonflé durant les 3 premiers mois de l'année à nous faire une crise de roulage au sol ponctués de cris stridents tous les matins, a décidé de remettre ça, histoire de me montrer à quoi j'avais échappé ces derniers temps, ou de me faire prendre pleinement conscience que le soutien, c'est vraiment pas sa tasse de thé le matin.
Bref, il hurlait, je le regardais, je lui demandais de se lever, il n'était pas d'accord, hurlait de plus belle, tout ça en rampant vers la sortie, jusqu'à ce que je lui confisque son doudou, dans l'espoir de détourner son attention vers autre chose que la porte de sortie, seule issue de secours pour les enfants qui ne supportent pas l'école.
En définitive, l'une de mes 3 recrues du matin est arrivée à ce moment là, alors il a fallu que je gère les parents de la petite qui se demandaient comment c'était possible d'avoir un tel volume sonore dans une salle de classe avec un effectif aussi réduit, et en même temps l'asticot qui se tortillait en poussant des hurlements qui en fait étaient des mots pas faciles à décoder, mais au bout de 10 minutes de répétition, ça donnait quelque chose comme "veux faire dodooooooooooooooooooooo dans mon lit veux pas travaillererererererererererr veux faire dodo avec Mickeyeyeyeyeyeyeyeyeyeyy ! ad lib"

Mais vous savez quoi ? Je l'ai eu quand-même, j'ai pris mon courage à deux mains et son Mickey et je l'ai menacé de ne pas le lui rendre s'il continuait à nous casser les oreilles. Dans un premier temps, ça n'a pas marché très bien, mais lorsqu'il a vu que je ne cèderai pas comme qui rigole, il a bien fallu qu'il me supplie et que je lui montre par un effet Pavlovien qu'une amélioration de la baisse du volume sonore faisait subrepticement se rapprocher l'objet de sa convoitise, à savoir le Graal de l'enfant de 3 ans, LE doudou désiré... Et au bout de longues minutes de négociations acharnées, il s'est enfin tu, en étant parfois secoué de quelques soubresauts de pleurnicheries. Alleluya !

Je pus donc entamer mon travail avec l'autre élève, pas réticente pour un sou, qui était satisfaite de l'activité proposée, à savoir un jeu de cartes de langage. L'autre énergumène nous regarda durant une partie sans piper mot, puis à la seconde, il voulut bien se joindre à nous et participa même avec un certain ravissement... Tout ça pour ça !

Épilogue de ce début de journée : Après que mes 26 autres élèves nous eurent rejoints en classe à 8h20, le Alfred, non content de s'être fait remarquer d'une manière fort désagréable plus tôt, nous fit la surprise de se mettre à pleurer lors du regroupement vers 9h en montrant son derrière et en disant "caca culotte"...
Comme quoi, l'expression qu'on attribue si souvent aux chevaux un peu anxieux "Ch'val qui chie, ch'val qui a compris" pourrait aussi se transposer aux petits êtres humains.

Allez, demain on y retourne avec le sourire !

3 commentaires:

lulu a dit…

C'est quand je lis ça que je sais que je ne suis pas faite pour avoir des enfants... et puis j'en ai 500 au collège... qui eux, savent aller au wc à temps! lol

mince ça veut dire alors qu'ils comprennent pas les cours...

ma pauvre, quel courage!!
lulu

vidock a dit…

+1 ma chère lulu !
Et puis au collège les doudous deviennet des i phones (même en zep !) et les cris et pleurs deviennent des " ouèch, , vas z y ... le boloss , pffffffffff.... "
Steph

Le poney qui rit jaune a dit…

Pour avoir été pionne 5 ans, et avoir du même coup touché du bout du doigt le milieu enseignant au collège, je peux vous dire, les filles, que je préfère 1000 fois mes petits "merdeux" que les grands zouaves du collège, boutonneux, mal dans leur peau et un peu moins "malléables"... ;-)
Mais c'est mon côté tyran qui ressort ! ;-)